Ausha Talk #3 : Rencontre avec la podcasteuse à succès Anouk Perry
Photo : Anouk Perry par Léa Volta

Cela fait déjà un an que la talentueuse Anouk Perry s’est lancée dans le podcast ! Sexe, sujets de société, humour… Ses créations originales et audacieuses remportent un succès qui ne se dément pas, que ce soit sur sa chaîne personnelle ou sur ses documentaires produits par des studios comme Nouvelles Ecoutes, Arte Radio et Binge Audio. On a rencontré celle qui a remporté le prix du meilleur documentaire au Paris Podcast Festival 2018.

Comment as-tu décidé de te lancer dans les podcasts ?

Anouk : C’était il y a environ un an et demi ou deux ans, donc bien un an avant de commencer à en faire. J’ai commencé à écouter pas mal de podcasts, notamment américains. Heavyweight m’a particulièrement marquée pour ses qualités de narration. En l’écoutant, je me suis dit que j’aimerais bien entendre ça en français. J’ai fait des recherches et trouvé des choses géniales en français, mais c’était plutôt France Culture et souvent ce n’était pas très fun… Par ailleurs, j’écrivais à ce moment-là sur un site internet où je mettais l’humour en avant !

Je me suis dit qu’on n’avait pas le podcast que je rêvais d’écouter en France. J’ai pensé que je pouvais l’attendre… ou tenter de le créer ! Pourquoi pas ? Même si ça devait être un peu « carton bout de ficelle » au début, rien ne me disait qu’en me formant seule je ne serais pas capable de faire aussi bien que les Américains. Ça reste des êtres humains comme moi !

Y a-t-il d’autres podcasts qui t’ont inspirée ?

En-dehors de Heavyweight, il y a eu Serial évidemment. Je dis « évidemment » parce que c’est un podcast américain super célèbre sur une histoire de meurtre, avec plein de rebondissements, d’interviews, et où la narration est vraiment mise en avant.

En français, il y a « Mes années boum » produit par Les Pieds sur terre et écrit par Adila Bennedjaï-Zou. Elle enquête sur la mort de son père dans les années 70. C’est un thème un peu triste, un peu glauque, et qui en plus est lié à la géopolitique en Algérie à l’époque, ce qui ne m’intéresse pas trop à la base. Pourtant, elle rend le truc super intéressant. On se marre et on passe un super bon moment. On a des réponses à des questions qu’on ne s’était jamais posées avant parce que ça ne nous intéressait pas, c’est encore plus fascinant !

J’aime tout ce qu’elle fait. Elle a aussi fait une série sur la cocaïne qui s’appelle « Une odeur de poudre » qui est très intéressante, et une autre sur la procréation médicalement assistée (PMA) hors-la-loi. Ça parle de ces femmes qui sont célibataires ou lesbiennes et que la France n’autorise pas à faire d’enfants. C’est touchant jusqu’au bout.

Ça m’a toujours inspirée parce que c’est français, qu’il y a de l’humour, des rebondissements, plein d’interviews… Et en termes de narration c’est nouveau par rapport à ce qu’on peut entendre d’habitude.

Comment t’es-tu formée au podcast ?

Je me suis formée au podcast globalement seule. J’ai commencé avec un enregistreur et des micros qu’on m’a offerts et des tutos sur Youtube qui expliquaient comment s’en servir. J’ai vaguement eu un ami qui m’a aidée, mais globalement il a passé 5 minutes à m’expliquer comment marchait l’enregistreur et c’est tout. Après, j’ai appris en parlant avec des gens, notamment des gens qui font du son.

J’ai aussi participé à Transmission, une toute petite formation. Tous les matins, on se retrouvait avec des professionnels de la radio qui nous aidaient, qui nous donnaient des conseils pour produire un meilleur son. Ça m’a un peu aidée dans la prise de son. Après, on parlait plus théorie et narration que technique.

Donc je dirais que j’ai appris plus en faisant que grâce à des personnes. C’est ce que je conseille à toute le monde d’ailleurs : c’est en mettant les mains dans le cambouis qu’on apprend, plutôt qu’en parlant pendant des heures et des heures !

Comment fais-tu pour dénicher une bonne histoire ?

Je n’ai pas vraiment de recette magique, si ce n’est que j’écoute les gens. Ça peut paraître super présomptueux dit comme ça ! Mais dès qu’on me parle, j’écoute, je suis curieuse. Je pense que le fait d’avoir écrit sur internet à un rythme assez élevé, entre deux et quatre articles par jour, forçait à la curiosité parce qu’il fallait trouver deux à quatre thèmes d’articles par jour.

Ça m’a forgé une sorte de veilleuse, de radar dans ma tête, constamment en veille et constamment prêt à se déclencher dès que quelque chose me semble anormal.

Je trouve globalement des histoires en parlant, en lisant et en me renseignant beaucoup. Parfois, c’est juste une pauvre petite anecdote ! Vu que je connais beaucoup de choses, il y a peu de choses qui me surprennent, donc quand c’est le cas je sais que ça va beaucoup étonner autour de moi.

Pourquoi avoir décidé de faire plusieurs formats plutôt que de te lancer dans une émission récurrente ?

Principalement parce que j’avais envie de faire plein de choses quand je me suis lancée. Je me suis dit que ce serait vraiment triste de me limiter à un format alors que personne ne m’attendait. Si personne ne m’attend, je ne vois pas pourquoi je ferais plaisir à la moyenne ou au « peuple » qui, d’habitude, a un format récurrent ! Personne n’était là pour m’écouter donc je le faisais pour moi.

C’était aussi un très bon moyen de me former à plusieurs formats : l’interview, la narration, raconter des histoires drôles, raconter des histoires pas drôles, aller sur le terrain… A chaque fois qu’on est confronté.e à une nouvelle situation, à chaque fois qu’on sort de sa zone de confort, qu’on se trompe, on apprend des choses. Le but, pour moi, était d’apprendre un maximum de choses en un minimum de temps. Pour ça, il fallait fuir toute idée de répétition et plutôt chercher à chaque fois de nouvelles expériences.

Et est-ce qu’aujourd’hui, il y a un thème ou un format qui te plaît plus que les autres ?

Non, pas particulièrement parce que j’aime toujours faire plein de choses. Ça m’a permis de trouver une manière de travailler qui me convienne. Par exemple, je sais que j’ai besoin d’un cadre, d’un challenge, de deadlines. A partir de ce moment-là, je me suis dit que j’avais besoin de dates récurrentes de sortie de podcasts.

Mais à l’intérieur de ça, je n’ai pas envie de faire tout le temps la même chose et de parler des mêmes thématiques, parce que je me blase facilement. Je suis curieuse, j’ai envie de parler de tout et je trouverais dommage de m’en empêcher.

Anouk Perry Podcast
Anouk Perry par Léa Volta

Tu dis que tu avais besoin d’un cadre. C’est justement ce que tu fais pour cette deuxième saison de podcasts en 2019. Est-ce que tu peux nous parler des émissions à venir ?

J’ai trois formats d’émissions, qui vont sortir les 10, 20 et 30 de chaque mois. Le 10 du mois, je vais sortir un épisode d’Awkward, que j’ai commencé l’année dernière : des gens racontent des histoires de gros malaises, de grosses hontes qu’ils ont connus et dont on peut rire après coup. L’idée, cette année, c’est de pousser un peu plus loin et d’avoir des profils un peu différents de ceux qu’on avait eus la première année, c’est-à-dire 25-35 ans et parisiens. Là, j’aimerais avoir des personnes de niveaux sociaux et d’âges différents.

Le 20 du mois, c’est une case que j’ai laissée très libre, parce que j’ai ce besoin de liberté. Je peux sortir un reportage, un documentaire, une interview… sur le thème que je veux. J’ai envie de tester de la fiction par exemple. Le 20 février, j’ai sorti un podcast sur le Tinder blues, sur le fait de passer beaucoup de temps sur Tinder et de finir par avoir le blues, avec plein de névroses. C’est à la fois drôle et triste, ça mélange plein de petits témoignages. Je trouvais important d’en parler juste après la Saint-Valentin, parce que j’avais un peu le seum j’avoue ! (Rires)

Le 30 du mois, c’est une émission qui s’appellera Le tour de France du cul. L’idée, c’est d’aller à la rencontre d’initiatives promouvant une sexualité positive, au sens très large du terme : ça peut être une rencontre avec le planning familial, tout comme une soirée queer ou un atelier « découvre ton clitoris » !

L’idée, c’est de me forcer à sortir de Paris, parce que j’ai l’impression qu’on parle tout le temps de Paris ou de Parisiens… J’habite là, donc c’est normal que ça finisse comme ça. Mais au-delà de ça, il y a cette idée préconçue que les Parisiens couchent beaucoup alors qu’ailleurs c’est plus tranquille, sauf que je pense que c’est un gros mensonge ! Je trouvais important de faire ce tour de France sexuel.

Beaucoup de tes podcasts parlent de sexe justement : Qui m’a filé la chlamydia, La délicatesse des gang bangs, Serial dragueur… Cet intérêt vient-il du fait que tu as travaillé comme rédactrice sexe chez Madmoizelle, ou est-ce que tu penses que tu aurais de toute façon abordé ce sujet ?

Je ne suis pas devenue rédactrice sexualité chez Madmoizelle par désintérêt de la sexualité ! C’est venu de moi-même, à la base on ne m’a pas recrutée pour ça. Au bout d’un an, voyant qu’il n’y avait pas de rubrique sexe, j’ai dit au patron que j’avais envie de la lancer.

Comme j’avais cette expérience, que je me suis rendu compte que c’était un thème intéressant et souvent mal traité, je me suis dit que c’était l’occasion d’explorer de nouvelles formes de narration en parlant de sexualité. Il y avait déjà eu des podcasts sur le sujet, des émissions qui parlaient de sexe, mais souvent c’était de la discussion entre filles. Je trouvais ça dommage, parce qu’effectivement ça peut être génial de faire ça, mais ce n’est pas la seule manière de parler de sexe. Et il y avait beaucoup de théorie et pas assez de pratique !

Quand j’ai commencé à faire du son, je n’avais pas envie d’entendre des gens parler d’une pratique, j’avais envie d’aller la voir, d’avoir les sons. Grâce au son, on peut éviter une forme de censure, on peut obtenir des témoignages plus intimes parce que les gens se livrent beaucoup plus facilement. C’est dommage de ne pas en profiter pleinement et de se limiter à tes deux copines avec qui tu parles de cul devant un micro…

Ta chaîne de podcasts a beaucoup de succès en termes d’écoutes. Vas-tu la continuer bénévolement ou aimerais-tu la faire sponsoriser ?

J’aimerais la faire sponsoriser ! Message aux annonceurs : si vous souhaitez mettre de la publicité sur ma chaîne, n’hésitez pas, envoyez-moi des mails. Je suis prête !

As-tu une idée du type de sponsor qui pourrait t’intéresser ?

Je n’en ai pas en tête, mais tout ce que je demande c’est une marque qui ne soit pas contraire à mes valeurs. Typiquement, je ne ferais rien pour une marque qui propose de faire des régimes, qui marche sur les complexes des femmes. Mais ça ne me gênerait pas de faire de la pub pour une voiture par exemple !

Je pense que les auditeurs et auditrices peuvent comprendre que j’ai besoin d’argent pour vivre parce que je ne me nourris pas d’amour et d’eau fraîche, j’aimerais bien ! C’est peut-être le prix à payer de m’entendre faire un peu de pub au début pour continuer à écouter mon podcast gratuitement.

Pas mal de gens me parlent de crowdfunding, donc de demander à mes auditeurs et auditrices de me reverser une petite somme tous les mois ou toutes les semaines. Je n’ai pas envie de faire ça car ça me donnerait l’impression de faire la manche, et en regardant ceux qui l’ont fait j’ai l’impression que je gagnerais peut-être 200 euros par mois… Ce n’est pas négligeable mais je ne suis pas à 200 euros près. Soit j’ai un vrai salaire, soit rien du tout parce que ça voudrait dire que je devrais continuer à me faire produire à côté et à faire d’autres métiers.

Ça fait un an que tu t’es lancée dans le podcast. Quels sont les enseignements positifs et moins positifs que tu en as retirés ?

En positif, je me suis rendu compte que c’était possible ! C’est possible de se former en partant de presque zéro. Je ne connaissais rien au montage, à l’enregistrement, à la captation sonore… En fait, ça va. C’est également possible de gagner de l’argent avec. C’est possible de ne plus avoir son chômage, de ne plus toucher d’indemnités et de quand même s’en sortir.

C’est également possible pour moi de me motiver à faire des choses tous les jours alors qu’aucun patron n’est derrière pour m’engueuler quand je ne fais rien !

En plus négatif, je me rends un peu plus compte de mes besoins et de là où j’ai un peu échoué la première année : j’ai besoin de challenges, de me poser un cadre un peu plus strict. Il y a aussi le fait que ne pas avoir de patron, c’est aussi ne pas avoir d’horaires. C’est très cool quand on a peu de travail et qu’on travaille deux ou trois jours par semaine, mais là j’en suis à trois semaines sans week-end, à bosser non-stop. C’est vraiment épuisant. C’est difficile de prendre des pauses : on a l’impression que si on s’arrête, le monde va continuer et nous oublier derrière, et qu’on ne va pas avoir d’argent. C’est un peu dur.

Mais ce sont des choses à régler, c’est de l’ordre de l’organisation. Au fond, ce n’est pas très grave si je m’en sors. Je suis prête à vivre ça, tant que ça ne reste qu’une période et que ça ne devient pas ma vie de tous les jours.

Tu as récemment migré tes podcasts sur Ausha. Pourquoi avoir choisi cette plateforme pour héberger tes podcasts ?

J’ai choisi Ausha parce que j’étais sur Soundcloud avant, et que ce n’était pas du tout adapté au podcast. Il me fallait une plateforme plus adaptée.

Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui veut se lancer dans le podcast ?

Ça peut sembler vraiment con de dire ça, mais je lui conseillerais de se lancer tout simplement, d’arrêter de se poser des questions. Je reçois tellement de messages de gens qui me demandent des conseils, qui ont un enregistreur, un micro, une idée de podcast… Je leur réponds : « Vas-y ! »

Le problème quand on attend des conseils c’est que c’est une très bonne excuse pour ne jamais se lancer. On se dit qu’on ne peut pas le faire, qu’on n’est pas assez pro. Du coup on ne le fait pas… Et qui le fait à côté ? Les gens qui ont plus de culot. Ils avanceront trois fois plus vite.

Donc fais des choses si tu as envie d’en faire !

J’héberge mon podcast sur Ausha

Newsletter Subscribe

Get the Latest Posts & Articles in Your Email

We Promise Not to Send Spam:)