Raconter la grossesse et la maternité, sans filtre et sans tabou : c’était l’objectif de Clémentine Galey en lançant le podcast Bliss Stories il y a un an. Et le pari est plutôt réussi : en donnant la parole à ces femmes, la jeune femme fait tomber les complexes autour de ce sujet sensible et peut se vanter d’avoir dépassé le million d’écoutes. Rencontre avec une femme aux multiples casquettes : podcasteuse, directrice de casting et, bien sûr, maman de deux enfants.

Pourquoi as-tu décidé de lancer Bliss Stories ? Y a-t-il des podcasts qui t’ont particulièrement inspirés ?

Clémentine Galey : Quand j’ai décidé de lancer Bliss, je connaissais les podcasts depuis six mois, peut-être un an. J’écoutais surtout des podcasts anglophones, mais aussi La Poudre ! Lauren [Bastide, ndlr] était dans mes oreilles, je ne ratais pas un épisode. C’était vraiment un modèle pour moi.

Et puis un jour, j’ai découvert les podcasts sur la maternité via un podcast australien mené par une sage-femme. C’était très technique, assez médicalisé. Un jour, je rentrais du boulot, j’étais sur le périph’, je n’en pouvais plus, il y avait des embouteillages de dingue, je voulais rentrer voir mes enfants… Donc je scrollais mon Instagram, je n’avais que ça à faire. Et là, j’ai vu une maman instagrammeuse australienne, Courtney, que j’adore. Elle a cinq enfants, tous plus beaux les uns que les autres, qui vont surfer après l’école, et une maison magnifique… Son Instagram est un catalogue de la famille parfaite dans une déco parfaite.

Courtney annonçait qu’elle avait répondu à des questions sur sa maternité dans un podcast. J’ai cliqué, et la voix de Courtney a envahi ma voiture. J’avais l’impression qu’elle était assise à côté de moi, sur le siège passager, et qu’elle me racontait ses cinq grossesses et ses cinq accouchements.

Là, elle s’est mise à exister, elle était incarnée, elle était faite de chair et d’os. Elle n’était plus en deux dimensions sur de jolies photos Insta. Parce qu’en plus, elle ne fait jamais de stories, donc on n’entend jamais sa voix. Ce n’était que de l’image.

Tout d’un coup, cette femme et mère est devenue vivante. Ça a été hyper fort : tout d’un coup, j’ai eu l’impression d’être passée de l’autre côté du miroir. J’ai découvert que malgré sa vie en apparence parfaite, elle aussi a connu des galères, ses grossesses ne se sont pas passées de façon idyllique… Elle se confiait sur tout ça. Pour moi, ça a été un électrochoc. Je me suis dit : c’est formidable ! C’est tellement puissant de pouvoir rentrer dans l’intimité de quelqu’un sur ce sujet-là, qui me parlait déjà particulièrement. J’ai trouvé ça extraordinaire.

Ensuite, je suis rentrée chez moi, j’ai couché mes enfants et j’ai été voir ce qui existait en France. J’ai tapé sur Google « podcast grossesse », « podcast accouchement », « podcast maternité » : il n’y avait rien. Je me suis dit que ce n’était pas possible. Il y en avait tellement dans les pays anglophones !

Donc je me suis dit : OK, je vais le faire. Ça réunissait tout ce que je savais faire. J’ai une formation de directrice de casting donc je sais faire des interviews, trouver de bons témoins, sentir les gens qui savent raconter des histoires. Je sais aussi faire du montage. Pour moi, ça ne nécessitait pas de formation ou d’investissement particuliers. Il s’agissait juste de me servir des cordes que j’avais à mon petit arc !

Est-ce que c’est cette expérience qui t’a permis de te lancer si vite ?

Oui, ça coulait de source. C’était des outils que je maîtrisais. J’ai quand même utilisé des petits tutos pour apprendre à utiliser des logiciels de montage son, car j’avais l’habitude de l’image mais je n’avais jamais monté du son. C’est quand même un peu différent.

C’était très cohérent avec mon propre parcours de femme, de mère, et mon intérêt personnel pour ce sujet qu’est la maternité. Ça a toujours été un sujet de curiosité.

J’ai aussi eu envie de lancer ce podcast parce que depuis des années, surtout depuis que j’étais devenue maman, je recueillais beaucoup d’inquiétudes et de questions de mon entourage : comment se passe l’accouchement ? Et après ? Comment on fait ? Que faut-il apporter à la maternité ? Pourquoi j’ai mal ? Pourquoi je pleure ? Pourquoi c’est dur d’accoucher, alors que je pensais que la naissance de mon bébé serait le plus beau jour de ma vie ?

J’ai très vite parlé sans filtre à mes amies, à mes soeurs, à mes cousines, car je suis l’aînée d’une fratrie et de toute une lignée de cousines. Je me suis donc naturellement retrouvée à être le phare dans la nuit, à qui on pose ce genre de questions. Souvent, elles me disaient : « Mais si tu ne me l’avais pas dit, qui me l’aurait dit ? » Et ce, malgré un suivi chez le gynéco, des cours de préparation à l’accouchement, malgré toutes ces choses dont j’ai aussi bénéficié.

Il reste plein de questions qui ne sont pas abordées.

Comment fais-tu pour jongler entre un travail, un podcast, et ta maternité ? Comment t’organises-tu ?

Je n’ai pas encore le don d’ubiquité, même si j’aimerais bien ! C’est chaud. Je suis débordée, mais je suis aussi très organisée. Ça me sauve beaucoup. J’ai un planning très calibré, dans lequel je sais combien de temps je dois consacrer à telle ou telle tâche.

Jusqu’ici, et depuis un an, ça fonctionne comme ça. Je m’organise longtemps à l’avance, je planifie mes rendez-vous, je priorise. Ma vie sociale s’est drastiquement réduite parce que, bien sûr, j’ai mon rôle de maman à tenir. Et ça, il est hors de question que je le sacrifie. J’ai deux enfants qui ont envie de me voir et qui n’en peuvent plus de Bliss ! Ils me disent : « Maman, tu fais encore du Bliss ? »

Parfois, l’ampleur que le podcast prend est un peu vertigineuse. Quand je vois tous ces messages auxquels je ne peux pas répondre, c’est même frustrant.

Enfin voilà : une bonne dose d’organisation, un conjoint très soutenant, qui me soulage beaucoup dans la vie quotidienne, qui est à fond derrière moi dans ce projet, qui trouve ça génial et qui m’a toujours encouragée. Il prend souvent le relais, dès qu’il peut.

Il y a aussi mon employeur, qui a compris que j’avais ce projet à côté, qui me tenait énormément à coeur et qui m’a permis de me libérer un jour par semaine. Ça change tout !

Toi qui viens de l’image, pourquoi n’as-tu pas décidé de faire une série web ? Pourquoi avoir choisi le son ?

C’est vrai qu’on me pose souvent la question. Venant de la télé, j’aurais pu faire une chaîne YouTube. Mais je trouve que le média podcast est extraordinaire, que la puissance de la voix brute est inégalée, libérée de tous les artifices, tous les tics qui peuvent être liés à l’image.

Cela dit, il y a de formidables interviews vidéo ! Je ne suis pas du tout en train de dire que la vidéo est morte, loin de là. Mais c’est vrai que j’ai considéré que pour aborder un sujet aussi intime, pour rentrer dans ce degré de détail et dans l’émotion pure, un micro posé sur une table est beaucoup moins intimidant qu’une caméra.

Je suis persuadée que je n’aurais jamais à recueillir toutes ces émotions de ces 27 épisodes avec une caméra. Parfois, les femmes en face de moi me reçoivent en jogging, pas maquillées, et se laissent aller. C’est un moment de libre parole absolue. On s’en fout de ce à quoi elles ressemblent, comment elles sont habillées… Je veux juste avoir des témoignages sur la façon dont elles ont vécu ces moments-là.

C’est comme quand on est chez un psy, qu’on s’allonge sur un sofa et qu’on parle sans trop faire attention aux apparences.

Certains de tes épisodes sont sponsorisés. Comment ces collaborations se sont-elles mises en place ? Notre podcast est surtout écouté par des podcasteurs et des podcasteuses, donc ça peut les intéresser…

Et comme je vous comprends ! Car c’est bien de vivre de podcast et d’eau fraîche mais à un moment, c’est bien d’être un peu rémunéré !

Je commence tout juste à avoir des marques qui se positionnent sur mon podcast. On sent, depuis un an, que ça frétille. qu’elles ont envie, qu’elles sont intéressées, mais personne n’y va ! Quand même, certaines commencent à le faire. De mon côté, je ne choisis que des marques dont j’aime les valeurs, qui me ressemblent. Je choisis les marques que j’ai envie de mettre en lumière.

J’ai une audience très large, puisque les femmes futures mères ou déjà mères constituent une grande partie de la population. Mais en même temps, j’ai un angle très précis puisque je parle essentiellement de grossesse et d’accouchement. Je ne parle pas d’éducation par exemple. C’est très anglé. Mais pour les marques, il y a quand même un champ des possibles assez vaste.

Soit je démarche des marques, soit ce sont elles qui viennent vers moi. On parle de leur budget. Mais ça m’arrive, pour une petite marque, de faire du sponsoring « cool », car je trouve chouette de mettre en avant des marques que j’aime vraiment. Je ne vois pas pourquoi ce serait réservé aux gros mastodontes. Surtout que pour l’instant, ils ne se bousculent au portillon de personne !

Quand ils seront là, on leur fera de la place. Mais en attendant, j’aime bien permettre à des plus petites marques d’avoir de la visibilité sur cette audience-là.

Tu as migré tes podcasts sur Ausha. Pourquoi avoir choisi cette plateforme ?

Déjà, j’ai rencontré Maxime, le CEO : c’était une super rencontre ! J’ai trouvé que c’était une plateforme très intuitive, très claire, très facile d’utilisation. J’ai besoin de choses simples et intuitives, avec de bonnes statistiques et la possibilité de faire ces petits clips vidéos avec des extraits du podcast. Je trouve cet outil vraiment chouette.

J’aime l’interface, le look, l’utilisation… Donc j’ai migré !

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui souhaite créer son podcast ?

Mon premier conseil est de choisir un sujet qui vous passionne vraiment. C’est des heures d’écoute, de montage, et il ne faut pas se lasser. Le sujet est donc primordial.

Ensuite, ce que je trouve génial, c’est que c’est vraiment accessible. N’importe qui, avec très peu de moyens, peut se lancer dans le podcast et explorer des terrains inconnus, improbables.

Un autre conseil est de soigner ses intros. Moi-même, quand j’écoute des podcasts, ça m’arrive de zapper très vite parce que l’intro ne m’accroche pas du tout. Je trouve que soigner son intro, sa musique, c’est juste essentiel.

Il faut aussi soigner le pitch : plus c’est clair, plus on a envie de l’écouter. C’est comme le elevator pitch, le fameux projet qu’il faut savoir pitcher en un trajet d’ascenseur. C’est un peu pareil pour les podcasts. Ça fonctionne si tu peux le résumer en une phrase.

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