Il y a quelques mois, Anne-Laure Parmantier a lancé On the Verge, le premier podcast entièrement dédié à la sexualité masculine. En donnant la parole à des hommes très différents, elle a réussi à créer un espace bienveillant, où ses invités peuvent se confier librement sur leur intimité. Rencontre avec cette chef d’entreprise qui fait du podcast sur son temps libre.

Ausha : As-tu été aidée pour lancer ton podcast On the Verge ?

Anne-Laure Parmantier : J’ai eu une sorte de parrain pour mon podcast : Fabrice Florent, le patron de MadmoiZelle. C’est lui qui m’a vraiment aidée à trouver le matériel et à trouver le nom du podcast. J’hésitais entre deux noms et il m’a dit : « C’est trop ringard, oublie ! »

Il m’a aussi donné le petit coup de pouce qu’il me fallait à la fin. Il m’a demandé : « C’est quand que tu le lances, ton p***** de podcast ? » Je lui ai répondu « Aujourd’hui, tiens ! » C’était vraiment cool de l’avoir dans mes premiers pas.

Est-ce que tu conseillerais aux futurs podcasteurs de contacter quelqu’un pour les coacher avant de se lancer ?

C’est vrai qu’avoir un mentor, une personne inspirante, ça facilite les choses, quel que soit son niveau. On est toujours bons dans certains domaines, moins bons dans d’autres… Ça ne remet pas en question notre valeur personnelle. Il y a toujours des terrains un peu plus flous, dans lesquels on démarre.

C’est bien de se faire accompagner. La vulnérabilité a quelque chose de très beau. On peut avoir une très forte envie de réussir, de créer des choses… Mais on peut dire à quelqu’un « là, je ne sais pas, aide-moi ». Et l’ascenseur, on le revoit un jour !

Je trouve ça chouette, car j’ai été moi-même dans la position d’aider d’autres personnes en tant que chef d’entreprise. Là, je trouve ça bien d’être sortie de ma zone de confort, de prendre un sujet en main, de rencontrer des gens.

Est-ce que Fabrice Florent t’a donné des techniques d’interview ?

Avec mon métier, j’ai passé énormément de temps à observer des interviews. J’ai commencé comme attachée de presse il y a plus de dix ans. J’ai longtemps travaillé avec beaucoup de journalistes et je m’occupais de personnalités.

De fait, j’ai vu beaucoup d’interviews et inconsciemment, j’ai dû absorber toutes ces façons de faire. Quand on était dans des moments de promo, les journalistes voulaient une info et ils étaient très forts pour l’obtenir. Je pense que ça m’a inspirée.

Cela dit, je n’ai pas vraiment de technique d’interview car je n’ai pas d’objectif en soi, je ne cherche pas une information précise. La seule chose que j’essaie de faire, c’est de ne pas beaucoup parler. Chaque mot permet de redérouler, rediriger, titiller, envoyer sur un souvenir… ou décomplexer, si je sens que le sujet a du mal à venir.

L’idée, c’est d’être dans l’écoute active. Je n’écoute pas les yeux dans le vague, sur mon téléphone. C’est fatiguant d’écouter dans l’activité !

Je pense qu’il y a un autre élément dans l’art de l’interview, c’est de mettre les gens en confiance. D’autant plus pour parler de sexualité ! En plus, tu ne les connais pas forcément très bien…

Absolument. Il y a des invités que je ne connaissais pas du tout avant ce moment-là. J’ai deux techniques : la première, retoquée par la loi Evin, c’est de boire un petit verre avant.

La deuxième, c’est de proposer d’envoyer les questions en amont. Certains préfèrent venir comme ça, comme chez MacDo, d’autres ont besoin de préparer un peu l’interview.

Je ne sais pas si ça rejaillit beaucoup au moment de la discussion parce que je ne pose pas forcément les mêmes questions, mais elles permettent d’établir une trame et de rassurer les invités.

On parle beaucoup. Je leur demande tout de suite s’il y a un sujet qu’ils ne souhaitent pas aborder. Même si l’idée, c’est de parler de tout sans tabou, il peut y avoir des choses un peu sensibles. Il vaut mieux le dire, pour éviter qu’il y ait un malaise ou un blocage.

J’essaie vraiment de mettre mes invités dans une grande confiance, de leur dire que ce moment-là sera un peu suspendu, peut-être douloureux, heureux, excitant… Mais que ça sera cool.

Pourquoi as-tu eu envie de parler de sexualité, et surtout de sexualité masculine ?

Il y a eu plusieurs choses. D’abord, la sexualité m’a toujours intéressée, je lis beaucoup de choses sur le sujet. Il y a longtemps, pour financer ma première boîte, j’ai travaillé dans un sex shop. C’était fascinant, j’ai adoré ça. C’est là que ma première déconstruction est arrivée : je me suis rendu compte que l’habit ne fait pas le moine !

C’était au « Passage du désir », c’était vraiment cool. L’équipe était super, et puis on rentre directement dans l’intimité des gens. Quand ils viennent, ce n’est pas pour acheter des rideaux ! Et moi, je ne suis pas très timide.

Je m’y suis donc intéressée par ce biais. C’est un sujet qui m’a toujours fascinée. Je lis beaucoup de livres, plutôt de type sociétal ou scientifique qu’érotique. C’est la sexualité, pas le sexe, si tu vois la nuance.

Ensuite, il y a tous ces principes féministes qui m’habitent depuis longtemps. Aujourd’hui, il y a beaucoup de supports, qu’il s’agisse de blogs, de comptes Instagram, de médias, qui parlent de sexualité féminine. C’est extraordinaire, je ne peux qu’applaudir des deux mains !

Néanmoins, après recherche, j’ai trouvé très peu d’espaces de discussion pour les hommes. J’ai même cherché au niveau européen. Il y a de super podcasts sur la masculinité, notamment The Boys Club de Mymy et Fab. Mais sur la sexualité, il n’y a pas grand chose.

Après enquête auprès de mes amis et même de relations plus éloignées, je me suis demandé : « A quel moment les mecs se parlent ? »

A ce moment-là, je discutais avec un pote. Il a commencé à me raconter un peu sa vie perso, notamment intime avec son épouse que je connais aussi. Il a commencé à se confier. A un moment, j’ai pris un peu de hauteur sur cette conversation et je lui ai demandé : « Mais tu n’as pas des potes avec qui tu peux en parler ? »

Il me racontait sa baisse de libido, ses difficultés après seize ans de vie commune, des enfants, une maladie difficile qui est passée par là… Tous les aléas d’une vie de couple à 40 ans.

Il m’a répondu que non, il ne pouvait pas en parler avec ses amis, qui sont souvent les maris des amies de sa femme. Il m’a expliqué qu’entre mecs, on ne parle pas de ça. On peut évoquer les performances sexuelles, mais pas ce qu’on a ressenti.

Donc entre cette discussion, mes principes féministes, mon envie de laisser la place aux hommes, parce que l’égalité c’est aussi ça, et mon intérêt pour la sexualité… tout ça, ça a donné On the Verge, qui parle de sexualité masculine.

Est-ce que le fait de parler publiquement de sexualité dans On the Verge a été compliqué, ou au contraire complètement naturel ?

Ça n’a pas été compliqué du tout ! Je ne me suis pas posé une seule seconde la question, parce que je suis très à l’aise avec ça. Au-delà de la sexualité, on parle de sentiments, d’amour, de libido, de craintes, d’angoisses, de parentalité…

Bien sûr, il y a du contenu explicite mais ce n’est pas érotique ou pornographique. Ça n’a pas vocation à exciter.

En revanche, j’ai eu un petit syndrome de l’imposteur. Je me suis demandé quelle était ma légitimité à faire ce projet. Mais finalement, le fait de se rendre compte que les mecs sont à l’aise, qu’ils sont contents de participer au podcast, ça m’a aidée.

Après chaque diffusion, je reçois un message de leur part pour me remercier de ce moment-là. Ça leur a fait du bien, ça a ouvert une discussion potentielle avec leur compagne ou compagnon, ça les a décoincés sur quelque chose, ça leur a appris quelque chose sur eux… Je pense qu’il y a quelque chose de libérateur.

Et puis ce qu’il y a d’extraordinaire, et que je n’avais pas mesuré au moment d’enregistrer ces interviews, c’est la réception du podcast. Là, on est à 3 mois et demi du lancement et j’ai dépassé les 100 000 écoutes.

En fait, je n’avais pas de jauge. C’est Mymy de Madmoizelle qui m’a dit que c’était beaucoup !

C’est qu’il y avait une place à prendre sur le sujet…

Complètement. Je suis dépassée, et en même temps je m’en fiche. Il ne faut pas le prendre comme quelque chose d’arrogant mais entre 50 et 15 000 auditeurs par épisode, pour moi c’est la même chose : la qualité de rendu serait exactement la même. J’y mets la même énergie, la même envie, et rien ne changera.

Comme je suis chef d’entreprise, certaines personnes me demandent si je vais en faire quelque chose. Mais non ! C’est mon « hobbite », comme je l’appelle. Je ferais du macramé ou de la poterie, ç’aurait été pareil.

Ça correspond à ce que je suis. J’ai toujours été la bonne copine, je suis très empathique. Ce qui me définit, c’est cette envie de partage. Il y a de moi dedans, donc il n’y a aucun calcul.

Que conseillerais-tu à quelqu’un qui veut se lancer dans le podcast ?

D’abord, comme pour l’entreprenariat : d’en parler. Je ne pense pas, comme d’autres, qu’il faut garder son projet secret. Je pense qu’il faut parler, s’ouvrir, échanger. Plus on échange, plus on va rencontrer des gens qui sont dans les mêmes galères, au même moment, ou qui ont un peu d’avance.

On parlait tout à l’heure du mentor : c’est un peu la même chose. Echanger avec des gens qui sont dans le même « mood », c’est chouette. Partager fait avancer.

Ensuite, une fois qu’on a échangé et qu’on s’est nourri, il faut y aller. On peut se dire que ça ne va plus nous appartenir, que ça risque de faire un flop, que personne ne va écouter.

C’est là que je vais donner le deuxième conseil : il faut se demander pourquoi on veut lancer son podcast. Quel est l’enjeu ? S’il s’agit de se prouver quelque chose à soi-même, il faut s’armer pour ça. Si on voit qu’on a dix, vingt écoutes, on est déçu mais il faut se dire que c’est déjà dix ou vingt écoutes. Il ne s’agit pas de sa propre valeur mais du contenu.

Et en ce qui concerne le contenu, c’est à nous de le faire rayonner, de communiquer dessus, de trouver les bonnes portes, d’en parler.

Ce qui est intéressant, ce n’est pas là où on arrive, c’est le chemin. En ce qui concerne le podcast indépendant, l’essentiel est de ne pas mettre d’enjeu dedans, de s’amuser, d’essayer d’avoir le rendu le plus proche de ce qu’on avait imaginé.

Après, il faut le faire vivre, communiquer sur les réseaux… Voilà. En résumé : fais-le.

Pourquoi as-tu choisi d’héberger tes podcasts sur Ausha ?

C’est grâce à Fabrice Florent. C’est ce qu’il y a de plus ergonomique et évident. C’est très facile pour les gens qui sont nuls comme moi : c’est simple d’utilisation, très bien fait, facile à comprendre et les statistiques sont très lisibles.

Pour moi, c’est l’outil rêvé. C’est joli, facile et la version responsive est top sur mon téléphone.

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