Comment vous est venue l’idée de créer le podcast Post Scriptum ?

Alice : En fait, on est toutes les deux journalistes reporters pour plusieurs médias traditionnels. On travaille pour RFI et la RTS, et de mon côté je travaille aussi pour France Culture. On est pigistes, on est vraiment des animaux de terrain. Notre spécialité, c’est les formats magazine plutôt que l’info, donc on aime vraiment le long format, la rencontre avec l’humain dans son terrier, dans sa vie…. Pas dans les studios.

Charlie : En reportage, on a fait plusieurs constats : d’abord, que ça faisait du bien aux gens qu’on interviewait, dont on recueillait la parole, que ça les soulageait d’être détachés d’un certain poids. On s’est aussi rendu compte qu’il y avait des espaces dans la société où il était difficile de communiquer et de dialoguer, notamment à l’école, à l’hôpital, dans le monde du travail, ou dans la sphère familiale.

Il y a des choses qu’on ne se dit pas, alors qu’on a une frustration et qu’on aurait envie de dire certaines choses, d’exprimer certaines émotions. On s’est dit que ça pouvait être bien de créer un espace où on pourrait recréer ce dialogue par micros interposés.

Alice : C’est comme ça qu’on a pensé au concept de lettres sonores. On s’est dit qu’on allait partir de l’écrit, mais en l’assimilant au son, à la radio… Parce que finalement, on n’écrit plus pour se dire les choses. Mais en fait, l’écriture est une belle adresse.

On pense que c’est très difficile de dire quelque chose à quelqu’un quand on est en face de lui, parce que quelle que soit la personne à laquelle on s’adresse, la personne nous écoute et on voit sa réaction en direct. Donc on va moduler les mots qu’on utilise en fonction de la réaction qu’a la personne, au risque de ne pas  aller jusqu’au bout. En plus, elle peut nous interrompre, c’est désagréable. C’est donc une manière de communiquer qui n’est pas aboutie.

A l’inverse, l’idée de faire des lettres sonores chacun dans son coin, c’est davantage lié à la médiation parce que ça oblige à aller au bout de sa pensée, dans son écriture et son adresse à quelqu’un. Et ça oblige ensuite le destinataire de la lettre à l’écouter jusqu’au bout. C’est en cela que ça force l’empathie : on est obligé de se mettre à la place de l’autre parce qu’on ne peut pas se défendre, donc on baisse les armes. C’est ça qui nous plaisait dans cette idée de lettres sonores interposées.

Charlie : En fait, il y a deux dimensions dans ce travail : il y a effectivement le travail de la lettre où on encourage les personnes à écrire ou à dire aussi une adresse voilà qu’on entend dans nos premières lettres sonores. Le deuxième travail c’est aussi le travail de l’interview : Alice et moi allons chacune rencontrer une des parties prenantes de l’histoire ou du conflit. On ne nous entend pas, mais on essaie de faire raconter l’histoire dans tous ses détails, de pousser la personne dans ses retranchements pour qu’elle se raconte et qu’elle se livre. On aurait du mal à le faire seul, même sur papier ce n’est pas simple. Donc il y a ces deux dimensions qui se mêlent : l’écrit et l’oral issu de l’interview.

Alice : L’idée, c’est qu’on part souvent d’un conflit. Pourquoi est-ce intéressant pour les auditeurs ? On pourrait se dire que cette histoire entre deux personnes ne nous concerne pas… Sauf qu’en fait, il y a systématiquement, dans le conflit entre deux personnes, une dimension universelle. Par exemple, « Chère camarades de classe » qui opposent deux jeunes filles dans un lycée professionnel à Auxerre, part d’une bagarre dans la cour de récréation. Ça peut paraître très superficiel, anodin, anecdotique etc.

Mais en fait, ce que racontent ces deux filles, c’est qu’elles viennent de deux milieux sociaux très différents. Se joue en fait un enjeu de rapport social. Elles jouent presque le conflit de leurs parents ! En tout cas, c’est l’impression que ça donne. Même si on ne pousse pas forcément la réflexion à ce point dans le podcast, c’est ce qui se joue.

Et puis évidemment, il y aussi des blessures intimes : on ne sait pas tout de l’autre. Quand on se sent agressé par l’attitude de quelqu’un d’autre, c’est souvent parce que ça rentre en résonance avec des blessures intimes ancestrales que l’autre ne soupçonne même pas. La lettre sonore est donc l’occasion de dire : « Tu ne connais pas toute mon histoire, mais voilà ma blessure interne. » C’est comme ça qu’on comprend pourquoi cette histoire a pris de telles proportions. 

« Il n’y a rien de plus joli qu’une voix qui est émue et qui le laisse entendre. »

Qu’est ce que le podcast apporte par rapport à l’écrit ?

Charlie : Je pense que c’est quelque chose qui nous lie depuis qu’on a commencé en faisant de la radio. Je pense qu’il y a beaucoup de choses qui se jouent dans la voix. Il n’y a rien de plus joli qu’une voix qui est émue et qui le laisse entendre. Par exemple, dans « Cher donneur », Blanche raconte la nuit qui a suivi l’AVC de son père, cette soirée de rires, de fête, de musique qu’aimait son père, avec toute sa famille.

C’est des moments qu’on connaît quand on a déjà vécu un deuil : il y a souvent des moments joyeux dans des périodes qui sont tristes. Elle le raconte avec une voix dans laquelle il y a tellement de choses qui se disent… Il y a un truc qui passe, c’est incroyable. A l’écrit, je ne vois pas trop comment ça peut passer avec des guillemets. Après, il y a des gens qui savent très bien écrire et qui arrivent très bien à faire passer des émotions.

Alice : A contrario, Lorraine qui est en face ne laisse passer aucune émotion dans sa voix. Ce qui est compréhensible parce qu’elle a été greffée deux fois du coeur, elle a failli mourir plusieurs fois. Elle  raconte son histoire de manière factuelle, dénuée de toute émotion. En fait, le seul moment elle s’est lâchée, c’est quand elle a passé une heure à écrire ses lettres sonores. On en a gardé très peu au montage, mais j’ai une heure de lettres sonore de Lorraine dans lequel chaque mot était rempli d’émotions.

Ce qui est génial en fait, dans ce concept de lettres sonores où on intercale à la fois de l’interview et de la lecture de lettre, c’est que chacun, avec ses propres ressorts, peut choisir où il place son émotion.

« La musique doit toujours être un plus, elle ne doit pas cacher la misère. »

Comment est ce que vous arrivez à doser entre la musique la voix, et choisir une musique qui n’étouffe pas la voix ?

Alice : C’est de l’ordre du feeling et du bon sens. En fait, on estime que la musique doit toujours être un plus, elle ne doit pas cacher la misère, elle ne doit pas arriver en premier plan et brouiller l’écoute. On a fait beaucoup d’écoutes collectives à trois, avec Charlie et Romain, le réalisateur. Il arrivait qu’il fasse le choix de mettre de la musique à des endroits où on trouvait que ça n’allait pas. Parfois, le récit est tellement fort que la musique le parasite. Il y des endroits très précis où où il suffit de deux notes…

Charlie : Ou d’un battement de coeur ! 

Alice : On aurait pu décider de diffuser notre matrice telle quelle. D’ailleurs c’est un choix, parce que ça nous coûte de l’argent de travailler avec un réalisateur. Mais c’est un énorme plus ! 

C’est une bonne leçon de la radio traditionnelle : je n’aime pas écouter des choses qui ne sont quasiment pas réalisées. Je sais que Romain, son credo c’est que la réalisation est là pour soutenir le récit. Il se prend vraiment la tête sur la façon dont la musique, la couleur qu’il donne à la musique et l’habillage sonore en général, vont soutenir le récit.

Pourquoi avez-vous choisi Ausha pour héberger votre podcast ?

Charlie : Ausha est une plateforme qui m’a été recommandée par plusieurs personnes qui font du podcast. Je fais partie d’un collectif radio, Transmission, pour lequel on héberge aussi nos podcasts sur Ausha. Donc j’ai pu voir que c’était un outil pratique et ce qui est bien, c’est qu’on peut donc diffuser nos podcasts depuis Ausha sur plusieurs plateformes : Spotify, Deezer, Apple podcasts… L’autre point positif, c’est qu’on peut très facilement voir les écoutes sur toutes les plateformes. C’est aussi très pratique et hyper intéressant. 

Alice : Les statistiques d’Ausha sont très bien faites, on devient vite addict ! On voit les courbes, les chiffres, toutes les sources…. C’est génial.

Newsletter Subscribe

Get the Latest Posts & Articles in Your Email

We Promise Not to Send Spam:)